Photographier la mésange en vol

 

La photographie des oiseaux en vol est toujours un défi intéressant pour le photographe. Nombreuses sont les occasions qui peuvent se présenter à nous, mais les clichés réussis résultent quasiment tous d’une rencontre préparée et réfléchie à l’avance.

Plusieurs méthodes s’offrent au photographe et chacun pourra faire selon son environnement et en fonction de son équipement.

Mais quel que soit l’opportunité de l’endroit, on se doute d’emblée que la difficulté sera dans la mise au point et la netteté du sujet en déplacement. Plusieurs paramètres sont à considérer à ce propos :

 

 

*la distance entre le photographe et l’oiseau : plus elle sera grande, moins la vitesse d’obturation nécessitera d’être rapide

*la direction du vol de l’oiseau : s’il vole parallèlement au capteur, la vitesse choisie devra être  très rapide si le boîtier reste fixe. Dans le cas d’un suivi du sujet (lorsque le photographe accompagne l’oiseau dans son déplacement, en le gardant dans le viseur), il faudra alors opter pour une vitesse rapide mais surtout pour une mise au point réglée sur Autofocus Continu chez Nikon, Pentax ou Sony, et AI Servo chez Canon.

*la focale utilisée : plus elle sera longue, plus l’angle de visée sera petit et plus la vitesse devra être rapide pour figer le déplacement de l’oiseau.

Avec cette notion de longue focale que nécessite la photo d’oiseau (car il est rare de pouvoir les approcher et de les photographier au grand angle !..), se profile un premier problème, celui de l’exposition. Qu’elles soient conçues pour des boîtiers APS-C ou Plein Format, les optiques (zooms ou focales fixes) utilisées seront d’autant moins lumineuses qu’elles auront un coefficient de grossissement élevé. Il va donc falloir travailler à des ouvertures de diaphragme plutôt petites (surtout si l’on exclut de travailler à pleine ouverture, mais plutôt à 1 ou 2 diaphragmes plus fermés, de façon à optimiser le piqué de l’optique), ce qui signifie un allongement proportionnel du temps d’exposition.

Or pour figer le mouvement des ailes, le 1/500ème, voire le 1/1000ème paraissent des vitesses minimales de prise de vue.

A moins d’une clarté exceptionnelle, il va donc falloir monter dans les ISO pour autoriser le mariage du couple « vitesse rapide et petite ouverture », autant dire que le risque de voir apparaître un bruit sur les images est grand… Il faudra alors connaître la limite de son boîtier à produire une image acceptable sans trop de bruit (toujours bien inférieure aux annonces des constructeurs), en tenant compte du fait que dans ce genre de prise de vue le sujet est souvent recadré en post-production. Choix difficile entre capteurs à haute résolution (jusqu’à 50Mpx sur les modèles les plus récents), permettant de garder une bonne définition de l’image après recadrage, et capteurs à moindre résolution (« pixelisants » plus vite au recadrage) mais montant mieux dans les ISO…

Observateur des oiseaux depuis toujours mais ne disposant ni d’affût en milieu naturel, ni d’un boîtier à la résolution exceptionnelle, je me suis donc décidé à faire avec le matériel dont nous disposons à peu près tous , et de profiter de la gourmandise des mésanges bougivalaise en période hivernale.

Après une période d’acclimatation des oiseaux à la mangeoire, j’ai choisi de faire des essais en utilisant comme source de lumière un flash cobra utilisé en mode déporté (strobisme). L’idée étant d’utiliser la durée de l’éclair (quelques millièmes de seconde) comme réel temps d’exposition, au lieu de la lumière naturelle qui m’imposerait un temps de pose beaucoup trop long.

 

Le lieu :

J’ai utilisé une mangeoire que j’ai fixée à proximité d’une fenêtre de mon appartement. La mangeoire doit être placée à une hauteur suffisante pour que les chats ne confondent pas l’endroit avec le fast-food du coin !

Les graines favorites qui déplacent le plus de monde sont celles de tournesol. De nombreuses études ont montrées le bien fondé à nourrir les oiseaux en période de froid, la fin du nourrissage devant se faire progressivement à partir de la mi-mars.

 

La phase d’observation :

Elle est très importante puisque c’est par elle que l’on essaiera de définir précisément, la zone de passage la plus fréquente dans les déplacements des oiseaux. Plusieurs branches au départ, mais une seule mangeoire à l’arrivée. Les trajectoires convergent et la zone de mise au point sera donc nécessairement assez proche de la mangeoire.

 

Le matériel :

*un boîtier réflex équipé d’un objectif d’environ 200 mm de focale minimum

*un trépied    

*une télécommande de déclenchement à distance, filaire ou à ondes radios (type Yongnuo ou Pocket Wizard)

*un flash type cobra (une version simple non TTL fera l’affaire) déporté, et éclairant plutôt en contre plongée (de manière à voir le ventre et les pattes de l’oiseau). Le flash sera installé à environ 1 mètre de la zone de mise au point, sur support ou sur trépied. 

 

Réglages du boîtier :

*En Mode « Manuel »

*Vitesse synchro flash (en général entre 1/125ème et 1/250ème en fonction des boîtiers)

*Ouverture moyenne autour de f:11 afin d’optimiser le piqué de l’optique et surtout de se donner un peu de profondeur de champs (très recherchée dans ce genre de photo).

*Sensibilité ISO la plus basse possible, mais souvent quand même supérieure à la sensibilité nominale du boïtier.

*Mise au point en mode « Manuel », pas d’Autofocus.

 

Réglages du flash :

*En mode Mode « Maître » déclenché par la télécommande et couplé au boîtier

*Avec diffuseur pour adoucir la lumière 

*Zoom du flash assez serré (80mm ou plus) pour concentrer l’éclair sur le sujet

*Puissance la plus faible (1/128ème), de manière à obtenir une durée d’éclair la plus courte possible, de l’ordre de 1/38.500ème de seconde ! Car c’est bien l’éclair qui va figer l’oiseau et pas la durée d’exposition. Mais attention à bien régler la distance flash / oiseau, car une puissance faible au 1/128ème ne porte pas loin et l’intensité de l’éclair décroît très rapidement avec l’éloignement.

 

Réglage de la Mise au Point :

C’est là qu’on s’amuse car il va falloir trouver un système permettant de visualiser une zone dans l’espace, sensée être celle où les trajectoires des oiseaux se croisent le plus souvent.

J’ai personnellement opté pour le balai brosse qui m’a permis de faire une mise au point précise en utilisant le Mode « Live View » et la loupe sur l’écran arrière du boîtier. 

 

 

 

La prise de vue :

*Il ne faut pas hésiter à multiplier les déclenchements car les déchets sont très importants, de l’ordre de 90% (merci le numérique…) !!

*S’éloigner de quelques mètres afin de ne pas déranger les visiteurs (même si leur gourmandise l’emporte rapidement sur la peur)

*Ne pas cadrer trop serré afin de se donner plus de chance de ne pas couper le sujet (il faudra bien souvent recadrer les images en post-traitement)

*Même si le flash semble les surprendre au début, on s’aperçoit vite qu’elles en sont totalement indifférentes au bout de quelques instants.

 

Voilà au final une activité photo hivernale (même si rien n’interdit de nourrir les oiseaux de votre jardin tout le reste de l’année, le temps d’une prise de vues), facile à mettre en œuvre et qui permet en se familiarisant avec l’utilisation du flash de mieux comprendre sa notion de puissance, ainsi que celle de durée et de portée de l’éclair.

Pour mieux comprendre le fonctionnement du flash, vous pouvez vous reporter à l’article dédié à son utilisation dans l’onglet « Technique ».

Belles photos à tous…

 

 

 

 

 

 

 

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