L’objectif : Le piqué

 S’il est un terme qui revient régulièrement dans les articles, critiques, et échanges photographiques, c’est bien celui de « piqué »…

Il est donc légitime de prendre quelques minutes à s’interroger sur ce qui se cache derrière ce mot. Y a-t-il une explication scientifique répondant aux lois de l’optique via une formule mathématique compliquée ? Chacun de nous perçoit-il le piqué de la même manière pour un même objectif ? N’y aurait-il pas une part de « pifométrie » dans cette notion dont on ne sait trop où elle commence ni où elle s’arrête…

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Source: www.jeanmarie.robert.free.fr

 

 

 

 

La notion de piqué (on parle aussi souvent d’acuité ou de sharpness en anglais) se retrouve aussi bien dans le monde de la photo que celui du cinéma, lorsqu’il s’agit de parler de la qualité d’une optique en analysant les détails d’une image. D’une manière générale on admet que plus le piqué est élevé, plus l’impression de netteté de l’image est grande.

Plus précisément le piqué serait le pouvoir séparateur d’un objectif ou sa capacité à distinguer les détails les plus fins. En pratique, un objectif qui aurait du piqué, permettrait d’obtenir une photo où les traits et les points mêmes très rapprochés seraient bien individualisés, nets et contrastés.  A l’inverse, un objectif avec moins de piqué (souvent qualifié d’objectif « mou »), ne révèlerait pas tant de détails.

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Il y a donc comme pour les grands chefs cuisiniers, des recettes propres à chaque constructeur. Les ingrédients en sont la construction optique avec un certain nombre de groupes et de lentilles, la qualité de fabrication et de traitement de surface des lentilles, et la luminosité de l’objectif.

La différence entre un plat préparé par une chaîne de grande distribution et le même par un chef étoilé, est de même nature.

On comprend mieux les différences de prix extrêmes (souvent plus de 10.000€ pour la gamme « L », allias « les blancs » chez Canon) pour des optiques comparables au sein d’un même constructeur. En plus de leur luminosité, s’ajoute souvent celui de leur piqué…

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Ainsi le piqué ne résulte pas d’une formule mathématique ni d’un calcul physique, il est le résultat d’associations de matériaux et du savoir faire du fabricant. Le piqué a un prix, et comme bien souvent en photo il faudra faire un choix parmi l’offre très large du marché, et s’interroger sur ce que l’on compte réaliser comme type d’image avec l’objectif en question.

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Source: www.ecrirepourleweb.com

Si le piqué est une réalité, il n’en est pas pour autant une nécessité..!

Le plus souvent en portrait, les auteurs cherchent à adoucir les textures et ne recherchent donc pas forcement des objectifs à fort piqué. A l’inverse les exigences de netteté et donc de piqué prendront tout leurs sens en macrophotographie où le détail fera la force de l’image.

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Mais il existe tout de même un paramètre parmi les réglages de l’exposition qui peut influencer le piqué de l’image, c’est le diaphragme.

La fermeture du diaphragme permet d’augmenter légèrement le piqué et donc le rendu des détails d’une image. Fermer le diaphragme revient à diminuer l’angle du faisceau de lumière entrant dans l’objectif en se rapprochant de l’axe optique et donc en diminuant les aberrations. C’est aussi la raison pour laquelle le piqué est toujours maximum au centre de l’image et se dégrade progressivement vers les bords, pour être minimum dans les coins. On dit alors que les bords sont mous…

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Source: www.la-photo-en-faits.com

A diaphragme égal, le piqué sera dans la grande majorité des cas plus important sur un objectif à focale fixe que son « équivalent » en zoom. Mais attention, cette notion qui était très vraie à l’époque argentique lors de la commercialisation des premiers zooms tend à se niveler grâce aux efforts des ingénieurs et des fabricants de lentilles.

Il existe donc pour chaque objectif une ouverture optimale pour laquelle le piqué serait maximum, cette valeur se situant le plus souvent autour de deux ouvertures en deçà de l’ouverture maximale.

Ex : pour un zoom 18-200mm f/3,5-5,6, il faudrait fermer à f/5,6, voire f/8 pour bénéficier du meilleur piqué de l’objectif à la focale de 18mm.

Cette notion implique de pouvoir conserver une bonne qualité d’image en devant parfois, dans des conditions d’éclairage faibles, augmenter les ISO. D’ou l’importance de connaître pour son boîtier la capacité de son capteur à monter en ISO en conservant un bruit acceptable. Pour cela je vous renvoie à l’article sur l’automatisme de la sensibilité ISO.

Pour les plus courageux, il existe un moyen pratique pour connaître l’ouverture à laquelle votre objectif a le meilleur piqué

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Source: Hergé / Pr Tournesol

Placez votre appareil sur trépied avec l’option « miroir relevé » choisie dans le menu, et utilisez une télécommande pour minimiser les vibrations du déclenchement.

Faites votre mise au point manuellement (en utilisant le mode LiveView et la loupe) sur une mire ou autre motif contrasté et détaillé.

Faites plusieurs prises de vue à différents diaphragmes.

Comparez et vous pourrez en déduire l’ouverture optimale de votre objectif.

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Source: www.apprendre-la-photo.fr

La différence peut être parfois minime, et ce d’autant plus que l’objectif possède un bon piqué dès la pleine ouverture. Dans l’exemple présent, la qualité semble optimale autour de f/2.8, soit deux diaphragmes en dessous de la pleine ouverture.

Bien évidemment cela ne signifie pas qu’il faille « shooter » toujours à ce diaphragme, mais il est important de le connaître pour veiller à ne jamais trop s’en éloigner

Bon à savoir:

-Le site www.dxomark.com vous permet de mieux connaître les qualités en piqué de votre optique, en fonction de l’ouverture de son diaphragme. Pour cela, commencer par choisir votre boîtier (Marque + Modèle), puis votre optique et allez dans l’onglet « Mesures ». Vous y retrouverez les 4 paramètres dont nous avons déjà parlé (Vignettage, Distorsion, Aberration chromatique et Piqué) sous forme de diagrammes où les zones oranges et rouges indiquent une moins bonne qualité d’image.

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-Le piqué peut être amélioré sur la plupart des logiciels de développement (Lightroom) ou de retouche (Photoshop).

-Un filtre polarisant aide à obtenir plus de piqué et de saturation sur des sujets lointains en limitant la brume d’horizon ou de chaleur.

1 Commentaire

  1. Gautier Cuquemelle dit : Répondre

    [Edit] : j’ai corrigé le nom de l’auteur de l’article, c’est bien Vincent qui en est l’auteur 🙂

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