Maîtriser la pose longue

La vitesse d’obturation est une notion essentielle dans la photographie d’un sujet mobile en général, et encore plus dans le rendu d’un mouvement.

Fonction de sa durée, on a coutume de parler de vitesse lente de 1/60ème de seconde à 30 secondes, ou de pose longue au-delà de quelques dizaines de secondes.

Très utilisée dans la photographie de paysage, la pose longue permet, moyennant d’y investir un peu de temps et de matériel, d’apporter à chacun une vision singulière d’un sujet mobile.

Les sources d’inspiration ne manquent pas et notre créativité peut s’exprimer en jouant sur la texture de nuages, d’un bord de mer, d’une cascade ou d’une rivière, d’une voiture ou encore de la foule en mouvement.

Car la pose longue a cette particularité de créer un rendu visuel inhabituel des éléments qui nous entourent. Cette pratique de l’exposition, parfois un peu trop utilisée par un phénomène de mode, doit cependant se limiter à des sujets bien particuliers. L’intention du photographe restant toujours de retranscrire une réalité plus poétique et mystérieuse en jouant principalement sur l’effacement de certains reliefs, le lissage des textures et l’aspect soufflé ou balayé de détails opportuns.

La pose longue trouve son indication principalement dans trois cas de prise de vue.

1/ la photo de nuit :

Quand les conditions de lumière sont très faibles, 3 possibilités seulement pour que la photo soit bien exposée. Utiliser une très grande ouverture (aux dépens de la profondeur de champ), monter les ISO ou choisir un temps de pose plus long.

En choisissant d’augmenter significativement la durée d’exposition, on évite ainsi la montée en ISO et donc l’apparition de bruit numérique. De même pour le diaphragme, choisir une ouverture moyenne autour de f :11 permettra le plus souvent de bénéficier de la définition (ou piqué) maximum de l’objectif utilisé.

2/ La pose longue de jour :

Crédit photo: Eric Schaeff

Augmenter considérablement le temps de pose, choisir un diaphragme moyen autour de f :11 et conserver des ISO les plus bas possibles, mèneraient à coup sûr à une image totalement surexposée. Pour conserver un histogramme équilibré des différentes tonalités de l’image, l’utilisation d’un filtre à densité neutre ND (Neutral Density) placé devant l’objectif est indispensable.

Ce filtre d’apparence noire et opaque, joue un rôle finalement simple à comprendre, celui de réduire la quantité de lumière traversant l’objectif avant d’atteindre le capteur. Fonction de son opacité, sa capacité à retenir la lumière sera plus ou moins grande. Son efficacité s’exprime en IL (Indice de lumination) ou Stop. Plus cet indice (indiqué derrière le sigle ND) sera grand, plus le filtre aura pour effet d’augmenter la durée du temps d’exposition.

Le tableau ci-dessous donne une idée de l’efficacité de ces filtres.

Densité du filtre Nombre de stops ou multiplication de la vitesse
ND2 (équivalent filtre polarisant) 1 stop équivalent à vitesse x2
ND4 2 stops équivalents à vitesse x4
ND8 3 stops équivalents à vitesse x8
ND400 8 stops équivalents à vitesse x400
ND1000 10 stops équivalents à vitesse x1000

Avec un filtre ND 2, le temps de pose est doublé car il n’est que légèrement opaque, comparable à l’effet d’un filtre polarisant.

A l’inverse l’utilisation d’un filtre ND 1000, en multipliant par 1000 le temps d’exposition, permettra d’obtenir un effet plus original et plus artistique.

Afin d’augmenter la durée d’exposition en fonction de l’effet recherché, il est possible de combiner les filtre ND. La valeur finale d’opacité à retenir sera la multiplication des deux indices ; ainsi en superposant un filtre ND 4 et ND1000 on obtient un filtre ND 4000 pouvant ainsi allonger considérablement l’exposition.

Cette possibilité de cumul des filtres peut être exploitée pour rechercher des temps d’exposition de plusieurs heures, voire plusieurs jours, semaines, mois, années!

Daguerréotype de 1838, Boulevard du Temple. Temps de pose: 10 mns
1ère photographie d’un humain.

Ce rendu souvent qualifié de « ouaté », « onirique » ou « satiné » de sujets en mouvement comme les nuages, l’eau ou encore tout autre sujet en mouvement peut-être travailler en respectant 2 règles constantes.

  • L’effet d’atténuation sera d’autant plus important que la durée d’exposition sera longue. On peut ainsi passer simplement en augmentant le temps de pose, d’un sujet ombré à un sujet « flouté », fantomatique, voire devenu invisible pour un temps de pose beaucoup plus long.
  • L’effet d’atténuation (cet aspect satiné…) sera d’autant plus important que le sujet sera rapproché du capteur. C’est un peu comme la vision que l’on a depuis la fenêtre d’un véhicule en mouvement, les sujets éloignés paraissant moins flous que ceux rapprochés.
Forest Wander Nature Photography
www.ForestWander.com

3/ La pose longue « coup de balai »

C’est celle que l’on utilisera lorsque l’on souhaitera faire disparaître des éléments en mouvement jugés gênants sur la photo, tels que des piétons ou des voitures. Quel photographe n’a jamais ressenti le besoin de faire disparaître un premier plan en mouvement disgracieux devant un monument ou tout autre sujet.

Grâce à l’utilisation des filtre ND cela devient possible…

On peut imaginer photographier un jour de semaine l’arc de triomphe, et espérer obtenir un monument totalement épuré, sans aucune activité ni de piéton ni de voiture.

C’est l’effet magique des filtre ND à ne pas confondre avec celui d’un jour de confinement du COVID-19 qui n’a rien à voir…

En pratique, de quel matériel doit-on disposer ?

  • Un trépied :
Crédit photo: www.trace-ta-route.com

Long temps d’exposition rime avec risque de flou de bougé des éléments fixes de la photo. À ce titre l’usage d’un trépied suffisamment solide, muni d’une rotule de qualité, sera l’outil sans doute le plus important.

La stabilité de l’ensemble sera renforcée en présence de vent, par l’utilisation d’un lest (sacoche photo par exemple… d’ou l’intérêt de toujours se munir d’une esse dans son sac !) accroché entre les jambes du trépied. Pour les mêmes raisons il faudra éviter de déployer la colonne centrale représentant un risque de prise au vent et donc de flou pour la photo.

  • Une télécommande :

Filaire ou à infrarouge, elle sera utilisée à chaque fois que le temps de pose excédera 30 secondes, durée maximale d’exposition sur la plupart des boîtiers réflex.

Au-delà de cette limite, un mode spécifique requis à ce genre de prise de vue sera utilisé, il s’agit de la pose B (Bulb) permettant des temps de pose illimités en maintenant l’obturateur ouvert aussi longtemps que le déclencheur sera actionné.

Pour éviter d’induire quelques micros-vibrations sur le bouton déclencheur, il existe sur la plupart des télécommandes la possibilité d’appuyer une première fois pour l’ouverture, puis une seconde fois pour la fermeture de l’obturateur. Certains modèles possèdent un minuteur intégré programmable qui permet de fixer à l’avance la durée d’exposition souhaitée.

  • Filtre à densité neutre type ND

Théoriquement sans dégradation des couleurs, leur rôle est de réduire la quantité de lumière entrant dans le boîtier. Deux types sont disponibles sur le marché, les plus courants à visser et les filtres plaque à glisser dans un porte filtre.

Attention cependant à éviter de visser le filtre ND sur un filtre pré-monté de type UV ou polarisant ce qui risquerait d’induire un effet de vignettage important sur le résultat final. Pour ne pas multiplier l’achat de filtre, il existe des systèmes de bague concentriques permettant d’utiliser le même filtre sur plusieurs objectifs de diamètre frontal inférieur.

https://www.amazon.fr/XCSOURCE-49-52-55-58-62-67-72-77-R%C3%A9glage-lentille-Adaptateur/dp/B008H2HS3A?pf_rd_r=4JRM4PY4BA48WY85E98T&pf_rd_p=02a009f0-0e80-4feb-af28-445bad857a73&pd_rd_r=fbaea635-7eb9-4bd2-b5d3-e601752d4583&pd_rd_w=2tLvI&pd_rd_wg=lHV9p&ref_=pd_gw_cr_simh

En pratique, comment procéder en 10 étapes ?

1/ Repérer son sujet et installer son trépied de manière stable.

2/ Procéder au cadrage, l’utilisation de l’horizon virtuel équipant certains boîtiers pouvant se révéler très utile.

3/ Effectuer la mise au point, idéalement en mode manuel en utilisant éventuellement l’écran live View. Pour cela débrayer l’Autofocus AF automatique sur l’objectif et penser à déconnecter le système de stabilisation optique.

4/ En mode priorité à l’ouverture « A », prendre une photo de référence en utilisant des ISO les plus bas possibles (ISO natifs), et une ouverture de diaphragme autour de f :11 de manière à optimiser la définition de l’objectif.

5/ Repasser en mode manuel « M »

6/ Calculer le nouveau temps d’exposition nécessaire avec le filtre ND utilisé. Il existe un outil pratique « La Longuette » pour réaliser ce calcul sans difficulté.

http://hvinagre.doomby.com/pages/articles/la-pose-longue-et-la-longuette.html

Exemple 1 :

Si la photo de référence indique une exposition au 1/60ème de seconde il faudra, si l’on utilise un filtre ND 1000, la multiplier par 1000 soit 1/60 × 1000 = 17 secondes.

        Exemple 2 :

Si la photo de référence indique une exposition au 1/10ème de seconde, alors le nouveau temps de pose sera de 1/10 x 1000, soit 100 secondes ou une minute et 40 secondes.

7/ Si le temps d’exposition est inférieur à 30 secondes on peut utiliser le retardateur du boîtier (pour éviter les vibrations) en mode « A » comme en mode « M ».

8/ Visser avec délicatesse le filtre sur le pas de vis frontal de votre objectif afin de ne pas risquer de dérégler la mise au point. Un système très pratique par aimantation permet de faciliter cette opération.

https://www.manfrotto.com/fr-fr/xume-adaptateur-optique-77-mm-mfxla77/

9/ Positionner le cache viseur (à défaut se débrouiller pour recouvrir le viseur), afin d’éviter toute entrée de lumière parasite par l’œilleton, surtout si le soleil est dans votre dos.

10/ Régler le temps de pose si besoin sur la télécommande puis déclencher.

En conclusion, la pratique de la pose longue permet d’aborder une technique singulière au rendu souvent onirique. Elle permet de voir l’environnement sous un œil nouveau, peu habituel, avec une autre perception du temps. Jouer sur les formes et l’aspect des éléments qui nous entourent permet une créativité sans limite, où chacun pourra révéler sa sensibilité et son sens de la composition.

A l’opposé de l’instant décisif d’Henri Cartier-Bresson, il existe un concept photographique qui laisse le temps au temps; celui de la pose longue…

Le photographe allemand Michael Wesely en a fait son œuvre en travaillant ses photos de villes, chantiers et natures mortes, avec une technique d’exposition ultra ultra-longue…

https://one360.eu/blog/archives/9095

Les petits détails qui peuvent faire la différence:

Lester le trépied pour gagner en stabilité

Déconnecter le système de réduction de vibration

Faire attention lors du vissage du filtre à ne pas dérégler la mise au point

Régler sur « ON » la fonction « Réduction du bruit » dans les paramétrages de prise de vue (la durée d’exposition pouvant induire un échauffement du capteur et parasiter l’image sous forme de bruit).

Utiliser une ouverture de diaphragme autour de f:11 pour profiter pleinement du piqué de l’objectif

Penser à recouvrir le viseur

Etre vigilant au coup de vent sur la dragonne du boîtier qui peut apparaître sur l’image

Travailler en RAW

Crédit photo: Isabelle Gallois

3 thoughts on “Maîtriser la pose longue

  1. Bon article, mais dommage de continuer à parler de vitesse lente / rapide alors que tout cela est beaucoup plus simple à comprendre quand on ne parle que de temps de pose exprimé en seconde.
    Une allusion à la photo circum polaire aurait été un plus.
    A bientôt
    PPz

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Contact Form Powered By : XYZScripts.com